La Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion prévue par la loi 112 cible la population des HLM comme un lieu d’intervention privilégié pour permettre la réinsertion sociale et professionnelle des personnes pauvres et sans emploi. C’est pour donner suite à cette orientation que la FLHLMQ propose de créer un programme de services communautaires pris en charge par les résidantes et résidants et créant des emplois pour eux. Nous pourrions transformer les HLM en véritable tremplin de promotion sociale pour nos membres.
Déjà, avec un montant de 400 000 $ par année, le Programme d’aide à l’initiative communautaire et sociale (PAICS) permet la réalisation de multiples projets pris en charge par les locataires. En 2003, dans les catégories de projets de 10 000$ et plus prévoyant l’embauche de personnel rémunéré, 13 projets d’associations seront financés, créant 23 emplois dont 15 à temps plein. De plus, des dizaines de locataires bénévoles impliqué-e-s dans le développement du projet vont acquérir une expérience de gestion de projet.
Des projets d’actions communautaires et de réinsertion sociale se développent depuis quelques années à Lévis, Trois-Rivières, Montréal, Québec, Châteauguay et Mont-Joli. Plusieurs personnes peuvent témoigner des effets positifs des services communautaires qui ont été mis en place tant au niveau du soutien réel aux problèmes du milieu que dans une démarche de réinsertion vers le travail. Au lieu de financer une multitude d’intervenants sociaux (DPJ, polices, travailleurs sociaux, etc.) pour éteindre les feux, pourquoi ne pas permettre à des communautés d’identifier elles-mêmes leurs problèmes et leur permettre de se valoriser en essayant de les résoudre par l’entraide et la solidarité. Une foule de projets existent dans les HLM mais ne peuvent être réalisés faute de financement simple et accessible : permettre aux jeunes du secondaire de parrainer des plus jeunes dans leurs apprentissages, créer des emplois d ‘été en retapant les vélos retrouvés en grand nombre chaque année par la police, permettre aux jeunes de faire des travaux légers chez leurs voisins et voisines âgés, etc.
Les projets d’action communautaire n’existent pas seulement dans les HLM familiaux. On retrouve des projets favorisant le maintien à domicile dans les HLM personnes âgées. Par exemple, à St-Jean-sur-le-Richelieu, une dizaine de locataires ont mis sur pied un restaurant communautaire pour permettre aux personnes âgées en perte d’autonomie du HLM et de la communauté environnante de mieux s’alimenter. Par la vente de repas, ils arrivent à financer l’embauche d’une cuisinière. La mise en place du projet, l’aménagement des locaux ont dû se faire strictement par le travail bénévole puisqu’ils n’ont eu droit à aucune subvention. Peut-on mieux soutenir de tels projets ?
On doit rendre possible l’action bénévole et la création de petits emplois dans les HLM en simplifiant les procédures de financement pour les associations de résidantes et résidants. Il s’agit d’un processus qui permettra l’inclusion sociale d’un grand nombre de personnes qui ne seraient pas autrement rejointes et motivées à participer à une démarche de prise en charge.
Concrètement, nous souhaiterions faciliter la mise en place de services tels que l’aide aux devoirs, les cuisines communautaires pour personnes âgées, les haltes-garderies, les petits-déjeuners ou dîners pour les enfants, les camps de jour de jeunes et tout autre projet répondant à des besoins concrets en HLM.
Certains de ces services, comme l’aide aux devoirs ou les cuisines communautaires pour personnes âgées, pourraient être développés à grande échelle dans les HLM familles ou personnes âgées. On pourrait ainsi offrir des services utiles aux résidant-e-s tout en créant de nombreux emplois d’éducateuirs-trices et de cuisinièr-e-s dont un grand nombre pourrait être occupé par des locataires. En commission parlementaire sur la loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion, la FLHLMQ a proposé qu’un montant de 5 millions par année soit réservé à la mise en application d’un tel programme. Alors que le précédent gouvernement péquiste s’était engagé à investir 1,5 milliard sur 5 ans dans le plan de lutte à la pauvreté, il faudra voir ce que le nouveau gouvernement libéral de Jean Charest prévoit investir à ce niveau et faire les représentations nécessaires pour obtenir des argents pour un tel programme.
Des projets dit ‹‹d’économie sociale›› pourraient également voir le jour dans les HLM. On pourrait penser alors à des projets comme des ateliers de fabrication de meubles, des friperies, des restaurants communautaires, etc. qui permettent d’offrir une formation et une expérience professionnelle aux locataires qui y travailleraient tout en offrant à la population du quartier ou de la ville où se trouve le HLM des biens et des services utiles.
A. La place des associations de locataires dans ces projets
Les projets mis de l’avant doivent impliquer les associations dans la définition des besoins et des services. Les associations doivent avoir la pleine gestion et la pleine responsabilité de ces projets, les offices et les organismes communautaires du milieu se situant en appui au leadership des locataires. Parce que l’apprentissage de la gestion d’un projet prévoyant l’embauche de personnel et le développement d’activités communautaires de longue haleine demande du temps et le droit de se tromper et de recommencer, il est parfois tentant de substituer à l’association de locataires un ‹‹comité de gestion›› où les locataires se retrouvent en minorité ou entourés d’experts de l’organisation communautaire. Ces derniers, parfois involontairement, font vivre aux locataires un fort sentiment d’incompétence. S’ensuit un désengagement des membres de l’association et/ou la répétition de crises impliquant démission et démobilisation des locataires.
B. Développer les compétences et les habiletés des locataires
Les projets doivent favoriser la réinsertion sociale et professionnelle des résidant-e-s en offrant une expérience d’engagement bénévole ou rémunéré qui développent les habiletés et les compétences des personnes de façon à pouvoir ouvrir des possibilités d’emploi dans l’avenir. Les emplois créés par les projets devraient être réservés aux locataires de HLM prioritairement. Un volet de formation professionnelle devrait être inclus dans le programme.
C. Le besoin d’espaces communautaires
Les offices doivent mettre à la disposition des associations de locataires des espaces communautaires leur permettant la réalisation des projets. Cela est particulièrement vrai pour les HLM familles dont la construction n’a pas prévu de locaux communautaires. La FLHLMQ promeut la décision par les offices de transformer un logement du HLM en espace communautaire. Dans ces cas très particuliers, la décision de privilégier le bien-être collectif de l’ensemble des locataires sur le droit individuel d’un requérant à un logement subventionné est justifiée et judicieuse. Car un milieu dynamique et plus sain, ayant résolu un certain nombre de problèmes sociaux par l’action communautaire, est un plus pour ceux et celles qui y vivent déjà et ceux et celles qui y viendront par la suite.